#après par Jacques Fabrizi

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Après

« Le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant », avait promis Emmanuel Macron, lors de son allocution télévisée, le 16 mars 2020. Le jour d’après, nous y sommes et force est de constater que « Macron II » ressemble comme deux gouttes d’eau à « Macron Ier ». Il ne nous reste plus qu’à espérer que ce soit la goutte d’eau qui fasse déborder le vase et lui fasse prendre conscience de la réalité des difficultés que rencontrent les Français. Le Président de la République essaie de communiquer de manière très publicitaire. Prenons-le au mot en plagiant le slogan de Canada dry : « Ça a la couleur de Macron Ier, le goût de Macron Ier… mais, ce n’est pas du Macron Ier. » Du moins, c’est ce qu’il cherche à nous faire croire.

Dans un livre paru en 2016, intitulé de manière présomptueuse, Révolution*, Emmanuel Macron écrivait : « Après la gauche, la droite. Les mêmes visages et les mêmes hommes, depuis tant d’années. Je suis convaincu que les uns comme les autres ont tort. Ce sont leurs modèles, leurs recettes qui ont simplement échoué. » N’aurait-il pas intérêt à relire ce passage ? A-t-il la conviction d’avoir échoué ? J’en doute. Le précédent gouvernement a tout bonnement été passé au shaker et les mêmes visages, les mêmes personnes ou leurs clones en sont sortis. Ne soyez pas inquiets ; la politique mise en œuvre durant le premier quinquennat se poursuivra dans le second, à moins que les Français lui refusent la majorité à l’Assemblée nationale lors des prochaines élections législatives. Sinon, bien que rattrapé par la réalité d’un pays qui ne va pas bien, il persévèrera avec les mêmes modèles, les mêmes recettes. Le Président réélu aura vite fait d’oublier, comme Jacques Chirac, en son temps, les milliers de suffrages qui se sont portés sur son nom, par défaut. Il ne s’agissait pas d’un vote d’adhésion, mais d’un vote de raison. Cela fait du reste bien longtemps que l’on ne vote plus par conviction, mais pour le moins pire. Vous avez voté, vivotez !

L’hôpital va mal ! Le dénoncer est devenu un truisme. Victime de l’imprévoyance des politiques mises en place par le passé, à commencer par le numerus clausus, mais pas seulement. Citons, pour faire court, la tarification à l’activité (T2A), la loi HPST (hôpital, patients, santé et territoires), censée moderniser les établissements de santé, améliorer l’accès à des soins de qualité, promouvoir la prévention, la santé publique et l’organisation territoriale du système de santé et qui finalement a instauré à l’hôpital un mode de management d’entreprise responsable des problèmes auxquels il est confronté aujourd’hui.

Les Urgences vont mal ! Au bord de la saturation, si ce n’est de l’implosion. Le Ségur de la Santé se révèle à présent sous son vrai jour, à savoir un cautère sur une jambe de bois. Les augmentations de salaire ne représentent qu’un rattrapage salarial. La crise des vocations perdure à défaut d’une vraie revalorisation et d’une réelle incitation à exercer un métier passionnant, mais dont la pénibilité s’accroît avec les conditions actuelles. Les Urgences vont mal, mais aucune analyse critique n’est menée quant à la genèse des maux dont elles sont victimes. Alors, comme toujours, on cherche un bouc émissaire et l’on rejette la faute sur la médecine dite de ville qui ne jouerait pas le jeu (sic !). En même temps, l’on promeut l’installation de cabines de téléconsultations en pharmacie. Avec le Covid-19, toutes les règles ont été bafouées, en particulier le non-respect du parcours de soins et l’obligation que le patient ait bénéficié d’au moins une consultation physique avec son médecin traitant au cours des douze derniers mois précédant la téléconsultation.

Mais cela, c’était le monde d’avant. Dans le monde d’après, une startup spécialisée en e-santé incite les médecins, à l’agenda déjà surchargé, « à remédier à la désertification médicale, au désengorgement des urgences, et à contribuer à l’accès aux soins » en devenant téléconsultant. Une prime de 2000 € brut leur est promise lors de la souscription d’un contrat et d’autres avantages en cas de parrainages. Le pharmacien bénéficie, quant à lui, d’une rémunération d’un montant forfaitaire de 1 225 € TTC la première année et d’un plafond annuel fixé à 750 € TTC en fonction du nombre de téléconsultations réalisées. À n’en pas douter, l’ubérisation de la médecine est en marche. Mais, il paraît que c’est cela le progrès et chacun sait qu’on ne peut l’arrêter. Emmanuel Macron, alors candidat à l’élection présidentielle en 2016, n’incitait-il pas les médecins à s’orienter « dans l’innovation comme la télémédecine »* ?

Les médecins généralistes n’assument-ils pas, de tout temps et au quotidien, les Soins Non Programmés (SNP), tel Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir ? Le remède à la crise des vocations passe par la revalorisation des honoraires, gage d’attractivité. Dans le monde d’après, il serait grand temps que les pouvoirs publics en prennent conscience…

MONSIEUR JOURDAIN : « Par ma foi, il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela. »**

I’m a poor lonesome doctor…

 

* Emmanuel Macron, Révolution, Éditions XO, 2016.
** Molière, Le Bourgeois gentilhomme, scène VI, acte II.

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