Amélie Poulain

Nous avions quitté le Lot, la rivière, presque à sa source, au pied du Mont Lozère. En suivant son cours, nous aurions parcouru l’Aubrac, en Aveyron, et le Cantal. Il prend ses aises en traversant le Lot, département éponyme, pour aller lécher les piles du pont Valentré, à Cahors, avant de poursuivre tranquillement son chemin vers la Garonne. C’est la presque première plus longue rivière de France. Elle court sur trois régions, l’Occitanie, l’Auvergne et la Nouvelle Aquitaine. La « rivière calme » irrigue ici, entre les Causses et le Quercy, de merveilleux paysages assez arides et quelques stars du patrimoine touristique français, Padirac, Rocamadour, Martel et les maisons perchées de Saint-Cirq-Lapopie , l’un des « plus beaux villages de France » où le Président est venu se rafraîchir quelques instants au cœur de cette semaine, sur les traces des barons de Cardaillac. C’est loin, ça a l’air perdu, mais ce n’est pas n’importe où. Est-ce vraiment le pays de la « ruralité heureuse » ?

Après tout, rien d’anormal, dans ces rues chères à André Breton – « j’ai cessé de me désirer ailleurs » – de croiser un Président surréaliste, entamant ici, au milieu de la semaine, dans un village de 200 âmes, 30 ou 40 à l’année, envahi en été par des nuées de touristes, son tour de France pour « prendre le pouls du pays ». Chez Amélie Poulain ?

Ambiance pèlerinage dans cette escapade en terre résolument socialiste depuis 1945, de la SFIO à « divers gauche », signe des temps, de Gaston Monerville à Maurice Faure. Il avait déjà visité Saint-Cirq avant son élection, pendant la campagne et lors du « Grand Débat ». Il est ici chez lui. En gros, un moment de respiration, une simple retrouvaille avec un ami, et « en marge », au hasard des conversations à la terrasse apprêtée du café du coin, il évoque avec une pointe d’autosatisfaction le rythme des vaccinations, il annonce l’accès au graal pour les plus jeunes, il ose une tentative de test des perspectives de réformes, y compris celle périlleuse des retraites, maintenant que la vie « redevient heureuse » (sic). Il est entièrement à sa tâche et pour le reste, nous y reviendrons, peut-être, le moment venu. « Je n’ai pas d’idées cachées et pas de plan de réformes dans la poche […] Nous sommes à un moment où nous préparons les dix prochaines années […] Il faut poursuivre autant que possible la stratégie du “quoi qu’il en coûte” […] »* explique le Président avant d’annoncer un nouveau plan « de reconquête et de réinvention ». Air connu… « Nous réinventer, et moi le premier. » Il tweete, exercice contemporain : « Cette année, les vacances estivales auront une saveur particulière pour les Français. C’est le retour des jours heureux ! Dans le Lot, je viens aujourd’hui échanger avec ceux qui les attendent le plus : les professionnels du tourisme. L’État a été à leurs côtés et le restera. »

On pourrait y voir une tentative de pré-campagne. Les Français doutent et désapprouvent. Que nenni, nous sommes au travail.

Il aurait pu faire un détour par Padirac, et son gouffre, capitale du pays des « plongées souterraines », il aurait pu passer par Figeac et toucher la copie de la pierre de Rosette. Champollion, l’enfant du pays, saurait-il décrypter les messages sub-subliminaux du Président ? Aurait-il dû se perdre dans les terres arides du Causse, les noyers au nord ou les vignes autour de Cahors ? Drame, les numéros d’urgence étaient en rade… Nouveau signe avant-coureur de notre dépendance fragile aux merveilles de la technologie.

À propos, depuis quelques temps, aucune nouvelle de Jean Castex. Le 17 ne répond plus !

Je vous embrousse très fort.

 

* Le Figaro, 3 juin 2021.

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