L’année 2020 fut une année volée. Sans aucun doute à plus d’un titre. Volée à la jeunesse, aux personnes âgées confinées ou décédées en Ehpad, à ceux qui vivent dans l’isolement et que la perte de lien social déprime, à tous ceux qui exercent une activité jugée non essentielle et qui se demandent comment ils vont s’en sortir. La liste n’est malheureusement pas exhaustive. En pleine pandémie de coronavirus, seule la bourse semble tirer son épingle du jeu ; certaines valeurs affichent des plus-values qui peuvent atteindre 800%. Cela fait rêver les petits épargnants qui détiennent un livret A généreusement rémunéré à 0,50 % et qui risquent d’être mis à contribution pour éponger la dette, véritable tonneau des danaïdes.

La période est incertaine. Le dire est un lieu commun. La campagne de vaccination s’apparente à une course à l’échalote et la France est bonne dernière, mais, paraît-il, c’était intentionnel dixit notre cher ministre de la Santé. Interrogé sur France Inter, lundi 4 janvier 2021, Axel Kahn, professeur, généticien et président de la Ligue contre le cancer, a précisé que « terrorisé par l’idée qu’il y aurait des oppositions brutales, le gouvernement semblait y aller à reculons, en s’excusant d’avoir à vacciner, en disant que si jamais il y avait quelque chose, on arrêterait. Moi-même, en écoutant cela, j’en suis venu à hésiter dans ma détermination à me faire vacciner ! »

La lenteur de la stratégie vaccinale « à la française » a galvanisé les foules. Tout le monde s’est mis à crier haro sur le gouvernement, le président de la République y compris, qui aurait frappé du poing sur la table. L’histoire ne dit pas s’il a, pour manifester son mécontentement comme M. Khrouchtchev à l’ONU en 1960, retiré une de ses chaussures pour taper sur son bureau.

Le scénario de la campagne de vaccination contre le covid-19 n’est pas banal et pour le moins paradoxal. Il y a quelques semaines, à peine 40% de la population désirait se faire vacciner ; à présent, on réclame des vaccins à cor et à cri, on se les arrache, comme le papier toilette, les pâtes ou le riz au début du premier confinement. On n’y comprend plus rien, mais on ne semble plus se poser de questions. Même ceux qui nourrissaient une défiance, une méfiance voire une hostilité vis-à-vis du vaccin admonestent le gouvernement pour que ça aille plus vite, plus fort, plus loin…

L’heure n’est plus à l’évaluation de la balance bénéfices-risques ni à l’attentisme prudent. C’est sûr, le vaccin est sûr ! Chantons ses louanges. Le Sars-cov-2 au début de l’épidémie ne devait être qu’une grosse grippe, à présent le vaccin est assimilé à celui de la grippe. Les voix discordantes, qui s’inquiètent de son efficacité sur les variants et du manque de recul pour évaluer les effets à moyen ou long terme, deviennent inaudibles. La médecine ne s’apprend plus dans les facultés, mais à la télé où d’éminents professeurs distillent la bonne parole en passant d’une chaîne à l’autre. La foire à la vaccination bat son plein et l’on appâte le chaland. Plus d’hésitation, plus de délai de rétractation, signez-là et hop vous êtes vacciné en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Il y a ceux qui se font vacciner pour l’exemple et de préférence en présence des médias, ceux qui le font en traînant les pieds ou carrément à reculons et ceux qui ne veulent même pas en entendre parler. On se rue pour devenir vaccinateurs. Pas de gaspillage, la priorisation mise au rancart, s’il reste une dose au fond d’un flacon, ce sera pour le dernier péquin venu.

La politique s’immisce dans le médical. Incroyable retournement de situation. Le gouvernement est-il en passe de réussir son pari ? Celui de faire oublier toutes ses bévues ?
« Ô flots abracadabrantesques,
Prenez mon cœur, qu’il soit lavé ! »*

I’m a poor lonesome doctor…

 

*Arthur Rimbaud, Le cœur volé

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