2021, année de la pensée magique

Cette année, la magie de Noël n’aura pas opéré. Un Noël de quasi-confinement, à effectif réduit, masqué et avec distanciation physique de rigueur. Un Noël « sans gueule de bois » mais au goût amer. La nostalgie des Noëls de notre enfance s’en trouve exacerbée. Un sentiment merveilleux qui ne semble pas s’émousser avec les ans, mais qui disparaît chez ceux qui ne s’étonnent plus du miracle de leur vie sur terre. Perdure dans nos mémoires une époque où le père Noël n’avait pas encore succombé au consumérisme d’Amazon ; une époque où, pour tout présent, l’assiette déposée près de la cheminée ou sous le sapin ne recueillait qu’une ou deux oranges et quelques noix. Des Noëls où la neige recouvrait les paysages, sans altérer la chaleur des liens familiaux et sociaux.

L’année 2020 aura été marquée par la pandémie de Covid-19, apparue fin décembre 2019 en Chine, et qui a déjà contaminé plus de 80 millions de personnes dans le monde, faisant plus de 2 millions de morts. « Ne trouvez-vous pas, docteur, que c’était mieux avant ? » me demandent souvent mes patients. Et souvent, je ne sais que répondre. C’était comment, le monde d’avant ?

Cette nouvelle épidémie mondiale est loin d’être la première et la plus meurtrière dans l’histoire de l’humanité. Dès l’Antiquité, les hommes durent affronter des maladies virales mortelles qui marquèrent des civilisations au point parfois de les faire vaciller ou en tout cas d’imprégner leur histoire et leur culture :
– La peste d’Athènes, au Ve siècle avant Jésus-Christ, qui emporta un tiers de la population, qui comptait alors environ 200 000 personnes.
– La peste Antonine, à la fin du IIe siècle, qui gagna l’ensemble de l’Empire romain et entraînera la mort de près de 10 millions de personnes, soit 20 à 30 % de la population.
– La peste de Justinien, une épidémie de peste bubonique qui tua environ 25 millions de personnes à travers le monde et particulièrement autour du bassin méditerranéen.
– La peste noire, une épidémie qui aurait également débuté en Asie et fit plus de 75 millions de morts dans le monde.
– Le choléra, en 1832, plus de 100 000 morts dans l’Hexagone en moins de six mois.
– La grippe espagnole qui fut sans doute la pandémie la plus virulente de l’histoire de l’humanité. Elle aurait touché entre 1917 et 1919 près d’un tiers de la population mondiale entraînant la mort de 50 à 100 millions de victimes.
– Enfin, dans les années 1980, l’épidémie de sida, qui évolue encore de manière rampante. Depuis le début de l’épidémie, on dénombre au niveau mondial plus de 75 millions de personnes infectées par le VIH et plus de 32 millions de personnes décédées des suites de maladies liées au sida.

2020 laissera l’impression que l’Histoire a quitté les livres pour se mêler à la vie.

Les vœux présentés à l’occasion de la nouvelle année sont propices à l’utopie. Laissons s’exprimer l’enfant qui sommeille en chacun de nous ; laissons-nous aller à la pensée magique ou à l’irrationalité rationnelle. Qui n’a jamais cru à la volonté de l’esprit ou en quelque action symbolique pour infléchir le cours des choses ? Dans leur monde imaginaire, les enfants se donnent l’illusion d’un pouvoir magique. Ce mode de pensée marque, selon Sigmund Freud, une étape indispensable à notre développement : le moyen d’accepter les dures lois de l’existence, à commencer par la conscience de notre impuissance.

Les Américains se ruent sur les vaccins Pfizer/BioNTech, et les Français se montrent de plus en plus réticents, voire méfiants. Lassés par le confinement, le déconfinement, le reconfinement et les couvre-feux, imaginons un monde où les laboratoires pharmaceutiques communiqueraient en toute transparence à propos de leurs vaccins et renonceraient dans un altruisme, qui ne leur est guère coutumier, à en tirer profit. Rêvons d’un monde meilleur, ce qui ne devrait pas être difficile, d’un monde plus solidaire, plus fraternel où l’on transcenderait les clivages à l’exemple de ces vers qui ont illustré la résistance contre l’occupant nazi durant les années noires de l’histoire de notre pays, afin de réunir enfin « ceux qui croyaient en Dieu et ceux qui n’y croyaient pas ».* Inventons le monde d’après et n’écoutons pas Jean Paul Sartre qui « préfère le désespoir à l’incertitude ».**

L’ora è fuggita, e muoio disperato !
E muoio disperato ! E non ho amato mai tanto la vita !
Tanto la vita !

Ce temps est passé et je meure désespéré !
Je meure désespéré ! Alors que je n’ai jamais tant aimé la vie !
Tant la vie !***

 

À défaut, mais en toute bonne foi, formulons ce vœu pieux : « Bonne année, bonne santé ! »

I’m a poor lonesome doctor…

 

*Louis Aragon, La Rose et le Réséda
**Jean Paul Sartre, Le Diable et le Bon Dieu
***Giacomo Puccini, Tosca / Acte III / E Lucevan Le Stelle

1 réponse
  1. Hans dit :

    Un si petit virus, une si grande solitude, le monde est gris, un grand et beau soleil n’y changera rien.

    Agoraphobie, tu nous observes.

    Vive le poor lonesome doctor…

    Répondre

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