#14juillet 4
par Philippe Metzger

Un confiné explore le futur, 4

Je me souviens.

C’est l’époque où les élections législatives se tinrent. Après une période de fin d’année partagée entre la joie des fêtes et l’inquiétude de l’avenir, le temps d’élire revint de nouveau. Une nouvelle débauche d’arguments fustigeant la lenteur du gouvernement par-ci, dénonçant l’incapacité du président à redresser la situation économique par-là, ou encore l’absence de parti présidentiel et donc l’entretien d’un flou idéologique, fut déversée dans les médias par différents chefs politiques essayant de se refaire une santé. Mais habilement, Borloo refusait de créer un parti politique afin de maintenir les Français dans une dynamique d’opinion, pas d’adhésion à une série d’idées préconçues. Positionné en un centre large, le président ouvrait les portes à une forme de consensus parlementaire où la gauche et la droite traditionnelles n’avaient plus de point d’accroche. Certes, les extrêmes essayaient de fortifier leurs bastions par des discours racoleurs. Mais cela ne prenait plus. Les électeurs avaient compris que le nouveau pouvoir leur ouvrait les portes et que leur avenir était enfin entre leurs mains. Du reste, avant les élections, le gouvernement fixa la date du premier référendum, celui promis lors de la campagne présidentielle, au 3 octobre. Ce rendez-vous occupa l’affiche de longues semaines et contribua à donner à la campagne des législatives une tonalité tournée vers le futur.

Alors les centristes de tout bord gagnèrent cette élection, en constituant une majorité de fait, sans étiquette à part quelques écologistes. Dans l’hémicycle, la droite et la gauche n’étaient plus représentées que par quelques députés du Rassemblement National et d’autres de la France Insoumise. De la sorte, Borloo et son gouvernement pouvaient prendre des mesures et avancer. Puis vint le temps du référendum. La question posée ne fut pas seulement de juger l’action présidentielle mais surtout de proposer un changement profond des institutions en instaurant une VIe République. Rien que ça. La surprise fut de taille, mais le projet était séduisant. Dans les grandes lignes, fidèle à son programme, Borloo présenta une réorganisation du gouvernement : suppression du Premier ministre et mise en place de deux vice-présidents. Le fonctionnement gouvernemental devenait matriciel et non plus vertical. Un bloc tourné vers l’individu se subdivisait en trois domaines correspondant aux étapes de la vie ; la jeunesse et l’apprentissage, le travail du temps adulte et le repos de la maturité. Chaque individu devait se définir par rapport à ces étapes. Ainsi, une personne étant dans l’âge du travail ou dans celui du repos pouvait se redéfinir en apprentissage dès lors qu’il souhaitait reprendre des études, hors la formation professionnelle. De même, un jeune ayant acquis des compétences pouvait passer dans la tranche de vie active dès qu’il obtenait son premier emploi. Il n’y avait pas de critère d’âge, bien que le schéma de vie suivît ces trois étapes selon l’ancienneté de chacun. Le second vice-président était à la tête des fonctions habituelles du gouvernement standard, comme l’ancien Premier ministre, mais fonctionnant de manière horizontale pour répondre aux spécificités de chaque étape de vie. Ainsi le citoyen prenait une place centrale dans la vie de la société grâce à une gouvernance transverse adaptée à chacun. Les deux chambres étaient conservées, mais les conseils d’Etat et Constitutionnel étaient fusionnés. Le vice-président régalien établissait les lois avec l’Assemblée, après concertation avec son homologue. L’idée était bien de redéfinir la vie quotidienne au regard des attentes du peuple et de sortir de la logique du pouvoir absolu de quelques dirigeants enfermés dans une bulle déconnectée des réalités de la population. Le mode de scrutin évoluait aussi, passant à une technologie numérique prioritaire permettant de voter depuis son mobile pour essayer de lutter contre l’abstention, sans pour autant abandonner les bureaux de vote traditionnels. Le bulletin blanc était reconnu et adopté, renforçant chez chacun la pertinence de se rendre aux urnes, même par voie électronique.

Ainsi, à la lumière du confinement de 2020, certains constats furent intégrés. Par exemple, l’école était transformée par un mode d’enseignement laissant plus de temps à l’élève pour un épanouissement complet. Une part des cours pouvait se faire par des moyens numériques et être suivis depuis son domicile. La semaine était ponctuée de demi-journées libres pour faire du sport ou se consacrer à des activités culturelles. Le baccalauréat était supprimé pour faire place à un dossier scolaire complet. Pour l’étape de vie relative au travail, le télétravail devenait un mode reconnu, laissé au choix de l’employé. Gain de temps, d’espace, de sécurité face à la propagation d’un virus par la promiscuité inévitable des transports en commun, l’exercice de son métier à distance devenait une norme acceptée et intégrée au Code du Travail. Le contrat de travail évoluait aussi vers un lien fondé sur la réussite d’objectifs, aussi minimes soient-ils. Le licenciement était strictement cadré, et les séparations pour motif économique empêchaient l’entreprise responsable de réembaucher pendant deux ans, limitant ainsi des abus et des dérives. Bref, ce projet avait pour but de transformer notre société et de l’adapter à une nouvelle approche laissant à chacun la possibilité de trouver sa place selon ses attentes et non plus dans un cadre imposé.

Le 3 octobre 2021, le peuple français répondit positivement à la perspective d’une nouvelle république. Alors le gouvernement, appuyé par les conseils et les constitutionnalistes se mit à l’ouvrage pour proposer un texte qui fut soumis à un nouvel appel au vote six mois plus tard. Le 20 mars 2022, soit deux ans après le confinement du covid-19, la VIe République était proclamée. L’après n’avait définitivement plus rien à voir avec l’avant.

(A suivre…)

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