#100000
par Jean Brousse

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100 000 morts

Pactole ! Il est possible depuis le 14 avril dernier d’aller pêcher à plus de 30 kilomètres de chez soi, selon l’accord passé entre le gouvernement et la Fédération Nationale de la Pêche en France. Il suffit donc de se procurer une canne à pêche ordinaire, 25 euros et une vieille paire de bottes remisée sous un appentis ou dans une cave pour traverser son département et dépasser ses limites, munis d’une carte d’adhésion à l’association locale, 77 euros. Le panier est vide, forcément, le « no-kill » est à la mode. Peut-être pourrait-on même, de truite en gardon, parcourir la France entière. La pratique halieutique avait curieusement été proscrite pendant le premier confinement. À l’époque, seuls au bord de l’eau, en plein air, les risques de propagation étaient si grands. Les goujons ne portaient pas de masque ! C’était au temps où l’on affirmait que ce fameux masque était inutile.

Ainsi, de mesurettes en mesurettes, on s’approche doucement de la date fatidique annoncée du 15 mai, date que le Président ose même confirmer. D’abord les terrasses, puis quelques musées, doucement, laissant entrevoir jour après jour de nouvelles lueurs d’espoir, comme on ouvre les fenêtres d’un calendrier de l’avent ou comme une effeuilleuse prend son temps pour aguicher l’impatience languissante de fans quelque peu frustrés. Pour enfin entrevoir la réouverture des bureaux de vote fin juin. L’exode estival balaiera vite les résultats d’un scrutin tant attendu et apparemment tant redouté.

En attendant, un blizzard sibérien s’abat sur le pays. -5°C ! Vignes et vergers, pommiers et cerisiers sont dévastés, laissant en « état de choc » des agriculteurs déjà mal en point et démunis malgré leurs efforts. 70% des bourgeons seraient gelés, les feux de paille n’y peuvent rien. Les glycines et les hortensias font grise mine dans des jardins frigorifiés. La saison des fraises se lance pourtant à Beaulieu, en Corrèze. Le vent du nord persiste et mord. Au secours, les contempteurs du réchauffement climatique risquent de retrouver des couleurs. On pourrait envisager de conserver le vaccin sur nos balcons, histoire de lisser les aléas de sa diffusion. Cela suffirait-il à satisfaire ceux qui entreprennent encore avec angoisse le « parcours du combattant » du chasseur de potion libératrice, ou convaincre ceux qui font encore la fine bouche ? « AstraZeneca, j’en veux pas ! » On parle d’une troisième injection du chouchou du moment, Pfizer. Autant la prendre tout de suite, en lieu et place de la deuxième… Un fond de petite musique de complot et d’incompétence parfait l’ambiance.

100 000 ! Le France compte désormais cent mille morts frappés par le mystérieux virus et ses malicieux variants. « Le chiffre est vide, long de zéros anonymes, sujets de pleurs intimes et pluralité si vaste qu’elle ira se fondre dans les décomptes des siècles de vies humaines… c’est à peine si l’on saura plus tard raconter le nombre et le chiffre, l’identité définie du virus et les découvertes des chercheurs débordés par le total des inconnues scientifiques. »* Quelles leçons tirerons-nous, si l’on s’en sort, et on s’en sortira, de ces dix-huit mois d’errements sur une planète devenue étrangement inconnue ?

Heureusement, du fond de notre histoire, quelques-uns des solides symboles de notre patrimoine relèvent la tête et le défi. Notre-Dame de Paris est en pleine reconstruction et Michel Drucker hante à nouveau les plateaux de télévision. Vivement dimanche !

Je vous embrousse très fort.

 

* Claude Sérillon, Journal, 16 avril.

 

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